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Ayeva

Comment lire l'étiquette d'un baume pour les piqûres

10 septembre 2026 · 5 min de lecture · Journal n°02
Planche gravée : une loupe posée sur une étiquette dont le texte est figuré par des lignes, à côté de deux feuilles de plantain lancéolé.

L'information utile n'est jamais sur le devant du pot.

Devant le rayon, tout se ressemble : « naturel », « apaisant », « toute la famille », « aux extraits de plantes ». Ces mots-là sont écrits par un service marketing. L'information réglementée, elle, est au dos, en corps 6 — et c'est la seule qui engage vraiment celui qui fabrique. Voici comment la lire, et ce que j'y ai cherché avant de décider ce que je mettrais dans le mien.

1. La liste se lit dans l'ordre

Les ingrédients sont listés par quantité décroissante jusqu'à 1 % ; en dessous de 1 %, l'ordre est libre. Autrement dit, les deux ou trois premiers noms font le produit, et la fin de liste pèse souvent quelques gouttes.

C'est le réflexe le plus utile à prendre : ce qui compte n'est pas qu'un ingrédient soit présent, c'est où il est. Un baume qui met une plante en avant sur le devant du pot et la place en dixième position au dos n'est pas vraiment un produit à cette plante.

2. Les noms latins ne sont pas là pour faire savant

C'est une nomenclature internationale, obligatoire : les ingrédients végétaux portent leur nom botanique latin, les autres leur nom anglais. Une fois qu'on a la clé, ça se lit vite.

  • Olea europaea fruit oil — huile d'olive
  • Plantago lanceolata leaf extract — extrait de plantain lancéolé
  • Cera alba — cire d'abeille
  • Tocopherol — vitamine E
  • Aqua — eau

Et si la liste fait trente lignes, ce n'est pas un signe de sophistication : c'est simplement qu'il y a trente ingrédients.

3. La fin de liste, là où sont les allergènes

Certaines substances parfumantes doivent être déclarées nommément, dès 0,001 % dans un produit qui ne se rince pas : linalol, limonène, géraniol, citral, eugénol, et beaucoup d'autres. On les trouve tout à la fin de la liste.

Cette liste vient d'ailleurs de tripler : le règlement européen 2023/1545 a ajouté cinquante-six substances aux vingt-quatre déjà concernées, et il s'applique à tout produit nouvellement mis sur le marché depuis le 31 juillet 2026. Les produits déjà en rayon avant cette date peuvent être écoulés jusqu'en juillet 2028 — donc pendant deux ans, deux produits côte à côte sur la même étagère ne joueront pas avec les mêmes règles d'étiquetage.

Ce n'est pas un signal de danger : c'est une obligation d'information, faite pour que les personnes allergiques puissent éviter ce à quoi elles réagissent. Mais c'est l'endroit de l'étiquette qui renseigne le plus vite, car ces substances viennent le plus souvent des parfums et des huiles essentielles, qui en contiennent naturellement. Un produit annoncé « sans parfum » qui en déclare plusieurs vous dit quelque chose.

4. « Naturel » n'est pas une catégorie réglementaire

N'importe quel produit peut écrire « naturel » : le mot n'a pas de définition juridique en cosmétique. « Bio » renvoie, lui, à un référentiel privé vérifiable — Cosmos, Nature & Progrès — mais qui ne dit rien du nombre d'ingrédients, ni de la présence d'allergènes.

Une huile essentielle est un ingrédient parfaitement naturel, et c'est aussi la première source d'allergènes à déclarer. Naturel et sans précaution d'emploi ne sont pas synonymes, dans un sens comme dans l'autre.

5. Trois molécules à repérer si le produit est destiné à un jeune enfant

Le camphre, l'eucalyptol et le menthol font l'objet d'une recommandation explicite des autorités sanitaires françaises, publiée après des effets indésirables graves — convulsions, absences — observés principalement chez des nourrissons : ne pas les introduire dans les produits cosmétiques destinés aux enfants de moins de 36 mois (à l'exception des produits d'hygiène buccale contenant du menthol). Entre 3 et 6 ans, des concentrations maximales sont recommandées : 0,15 % pour le camphre, 1,12 % pour l'eucalyptol, 4,5 % pour le menthol.

La raison est physiologique : ces molécules sont assez petites pour passer la barrière de la peau, et chez le nourrisson le foie est encore immature — pour une même dose appliquée, la concentration dans le sang est plus élevée. On les trouve dans beaucoup de produits « effet froid » et dans plusieurs huiles essentielles. Si le produit est destiné à un tout-petit, ce sont les trois noms à chercher en premier.

Ce que j'en ai tiré pour mon baume

Ce n'est pas un procès fait aux huiles essentielles : elles sont légales, utilisées à des doses encadrées, et beaucoup de produits qui en contiennent sont très bien faits.

C'est un choix de conception. Je voulais un baume dont la liste d'ingrédients se lit en entier, sans avoir à chercher ce qu'on ne comprend pas. Le plus simple était donc de retirer la catégorie d'ingrédients qui oblige à chercher — et le parfum avec.

Ce qui reste tient en cinq lignes : plantain, huile d'olive vierge, cire d'abeille, vitamine E et extrait de romarin, les deux derniers pour empêcher l'huile de rancir. Pas d'eau, donc pas de conservateur. Rien à décoder au dos du pot, parce qu'il n'y a rien à y cacher.

Pour aller plus loin

La fiche « le geste du plantain »

Reconnaître la plante à coup sûr — photos, nervures, confusions possibles — et le geste tel qu'on le faisait, précautions comprises. Gratuite, envoyée par e-mail dès l'inscription confirmée.

Vous recevrez ensuite les coulisses du premier lot : ce qui marche, ce qui rate, ce que ça coûte vraiment. Une lettre toutes les deux semaines, pas plus.

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— Julien
Ayeva, les gestes qu'on avait oubliés
Sources
  1. Afssaps (aujourd'hui ANSM) — recommandations relatives au camphre, à l'eucalyptol et au menthol dans les produits cosmétiques destinés aux enfants.
  2. Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 — étiquetage des substances parfumantes allergisantes (applicable aux nouveaux produits depuis le 31 juillet 2026).
  3. Règlement (CE) n°1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, pour l'ordre de la liste des ingrédients et la nomenclature INCI.