L'huile d'olive : pourquoi celle-là, et ce qu'elle ne sait pas faire
Le corps gras qui porte tout le baume mérite d'être expliqué — nuances comprises.
Ma grand-mère avait une bouteille d'huile d'olive qui servait à tout. Dans sa cuisine, bien sûr, mais aussi dans ses cheveux, sur sa peau. Pas de rayon cosmétique à consulter, pas d'étiquette à vérifier : une bouteille, et un usage qui allait de soi.
Ce n'était pas une excentricité. C'était une habitude vieille de plusieurs millénaires qu'elle n'avait pas besoin de justifier — et c'est la raison pour laquelle le baume est fait avec ça plutôt qu'avec autre chose.
Un usage qui n'a jamais eu besoin d'être inventé
Homère l'appelait « l'or liquide ». Les athlètes grecs s'en enduisaient, les Romains en avaient dans leurs thermes, et le bassin méditerranéen tout entier l'a utilisée sur la peau bien avant que le mot « cosmétique » n'existe.
C'est une des rares matières premières dont l'usage n'a jamais eu à être réinventé : il a simplement traversé les siècles, jusqu'à la bouteille de ma grand-mère. Techniquement, ça s'explique — riche en acide oléique, en squalène et en vitamine E, c'est un corps gras stable et couvrant, qui se conserve bien sans grand-chose autour.
Ce qu'elle fait bien, et ce qu'elle ne fait pas
Autant le dire, parce que ça finira par se savoir : l'huile d'olive n'est pas une réponse universelle.
Une équipe de l'université de Sheffield a publié en 2013, dans Pediatric Dermatology, un essai comparant l'huile d'olive et l'huile de tournesol appliquées deux fois par jour sur l'avant-bras de dix-neuf volontaires adultes, pendant quatre semaines. Résultat : contrairement à l'huile de tournesol, l'huile d'olive dégrade significativement la fonction barrière de la peau. Les auteurs en tiraient une mise en garde pour les soins du nouveau-né, où l'application quotidienne d'huile est une pratique courante.
C'est une étude de petite taille, menée sur des adultes — mais je préfère la citer moi-même plutôt que de laisser quelqu'un la découvrir à ma place.
Ce que ça change concrètement : ce résultat porte sur une application répétée, quotidienne, pendant plusieurs semaines. Un baume qu'on met sur une piqûre, quelques jours par été, sur quelques centimètres carrés de peau, n'est pas ce scénario-là. En revanche, un baume à lèvres qu'on applique dix fois par jour tout l'hiver, si — et c'est précisément pour ça que le prochain produit de la gamme n'aura pas d'huile d'olive dedans. Le même ingrédient n'est pas le bon choix pour tous les usages, et je préfère changer d'huile que d'étirer un argument.
Toutes les huiles d'olive ne se valent pas
Ce qui a changé depuis la bouteille de ma grand-mère, c'est la fiabilité de ce qu'on trouve en rayon. Dans les dispositifs européens de suivi de la fraude alimentaire, les matières grasses arrivent régulièrement en tête des catégories signalées — et l'huile d'olive y est le produit le plus notifié. Huiles coupées avec des huiles moins nobles, origines falsifiées, mention « vierge extra » sur des lots qui n'en ont pas les caractéristiques.
Deux mentions, au moins, sont réglementées et disent quelque chose de précis :
- « Vierge extra » est un niveau de qualité défini par des critères mesurables — acidité libre, indice de peroxyde, analyse sensorielle — pas un adjectif publicitaire.
- « Première pression à froid » est réservée aux huiles vierges ou vierges extra obtenues à moins de 27 °C, lors d'un premier pressage mécanique de la pâte d'olives. Pour une extraction moderne par percolation ou centrifugation, la mention correcte est « extraite à froid ». Les deux garantissent la température, pas le même procédé — et les deux ne sont pas interchangeables sur une étiquette.
Où j'en suis vraiment sur ce point
Je ne vais pas écrire que mon huile est « tracée du producteur au pot », parce que ce n'est pas encore vrai : les demandes de devis viennent de partir, et aucun fournisseur n'est choisi à ce jour.
Voici les critères sur lesquels je vais trancher. Vous pourrez vérifier ensuite ce que j'en ai fait :
- une origine identifiée, pas un mélange d'origines multiples ;
- vierge extra, avec l'analyse fournie avec le lot (acidité, peroxydes) ;
- un procédé d'extraction documenté, et la mention exacte qui lui correspond ;
- issue de l'agriculture biologique — l'ingrédient, ce qui ne fait pas du baume un produit certifié bio, et je ne l'écrirai pas ;
- la capacité à fournir de petits volumes sans que ça devienne absurde, parce que je fabrique en petite série.
Et si c'est possible, un producteur avec un nom et une adresse plutôt qu'un grossiste anonyme. C'est plus long à trouver, mais c'est la seule version de « traçable » qui veut dire quelque chose.
Le geste de la maison, à côté du geste des bois
Dans l'histoire de ce baume, le plantain est le geste du dehors — celui qu'on allait chercher au bord du chemin. L'huile d'olive, c'est celui de la maison : toujours à portée de main, jamais questionné. L'un venait de la nature sauvage, l'autre du garde-manger, et les deux racontent la même chose.
La fiche « le geste du plantain »
Reconnaître la plante à coup sûr — photos, nervures, confusions possibles — et le geste tel qu'on le faisait, précautions comprises. Gratuite, envoyée par e-mail dès l'inscription confirmée.
Vous recevrez ensuite les coulisses du premier lot : ce qui marche, ce qui rate, ce que ça coûte vraiment. Une lettre toutes les deux semaines, pas plus.
Recevoir la fiche et suivre le projetAyeva, les gestes qu'on avait oubliés
- Danby S.G., AlEnezi T., Sultan A., Lavender T., Chittock J., Brown K., Cork M.J., « Effect of Olive and Sunflower Seed Oil on the Adult Skin Barrier: Implications for Neonatal Skin Care », Pediatric Dermatology, 2013, vol. 30, p. 42-50.
- Règlement délégué (UE) 2022/2104 de la Commission du 29 juillet 2022 — normes de commercialisation de l'huile d'olive, applicable depuis le 24 novembre 2022 (mentions « première pression à froid » et « extraite à froid »).
- Parlement européen, rapport sur la crise alimentaire, la fraude dans la chaîne alimentaire et son contrôle, qui place l'huile d'olive en tête des produits les plus exposés à la fraude.