Pourquoi les moustiques piquent certaines personnes plus que d'autres
Autour d'une table, un soir d'été, il y a presque toujours quelqu'un couvert de piqûres et quelqu'un d'autre épargné. Ce n'est pas une impression. La recherche a des réponses plus précises qu'on ne le croit, et quelques idées reçues à ranger.
Ce n'est pas une impression
En 2022, une équipe de l'université Rockefeller, à New York, a voulu trancher la question. Huit volontaires ont porté des manchons de nylon sur l'avant-bras, six heures par jour, à de nombreuses reprises sur trois ans. Les chercheurs ont ensuite proposé ces manchons, deux par deux, à des moustiques Aedes aegypti, dans un tournoi où chaque personne affrontait toutes les autres.
Le résultat est net. La personne la plus attirante l'était quatre fois plus que la suivante, et cent fois plus que la moins attirante. Et ce classement n'a pas bougé au fil des années : on reste « aimant à moustiques » d'une saison à l'autre.
La différence venait de la peau. Les personnes les plus piquées produisaient nettement plus d'acides carboxyliques, des molécules présentes dans le sébum, le film gras naturel de la peau. Une deuxième série de tests, sur 56 autres volontaires, a confirmé le lien.
Comment un moustique vous trouve
La recherche d'un humain se fait par étapes. De loin, le moustique repère le gaz carbonique que nous expirons. Ce signal agit comme un interrupteur : tant qu'il ne l'a pas senti, le moustique réagit peu au reste. Une fois qu'il l'a capté, il devient sensible à la chaleur du corps et à son odeur, qui le guident jusqu'à la peau.
La vue entre aussi en jeu. Après avoir senti du gaz carbonique, les moustiques se dirigent vers certaines couleurs : le rouge, l'orange, le noir et le cyan. Ils ignorent en revanche le vert, le bleu et le violet. Or la peau humaine renvoie surtout des longueurs d'onde rouge-orangé, quelle que soit sa couleur : dans l'étude, tous les tons de peau attiraient autant les moustiques. Ce n'est donc pas la couleur de la peau qui fait la différence entre deux personnes. Celle des vêtements, en revanche, peut compter.
Votre odeur, et les bactéries qui la fabriquent
La peau sent peu par elle-même. Ce sont surtout les bactéries qui y vivent qui transforment la sueur et le sébum en odeurs. En 2011, des chercheurs néerlandais ont comparé la flore cutanée de volontaires très attirants et peu attirants pour le moustique du paludisme. Les plus piqués avaient plus de bactéries sur la peau, mais des espèces moins variées.
C'est l'une des raisons pour lesquelles l'attirance varie autant d'une personne à l'autre : chacun porte une odeur qui lui est propre, en partie fabriquée par sa flore.
Ce qui change d'une période à l'autre
La grossesse. En Gambie, une étude publiée dans The Lancet en 2000 a compté les moustiques attirés la nuit par des femmes enceintes et non enceintes, dans des cases identiques. Les femmes enceintes en attiraient deux fois plus. Les chercheurs ont mesuré deux explications possibles : en fin de grossesse (28 semaines en moyenne), elles expiraient 21 % d'air en plus, et leur ventre était en moyenne 0,7 °C plus chaud.
La bière. Au Burkina Faso, des volontaires ont bu un litre de bière locale, d'environ 3 % d'alcool. Après, leur odeur attirait davantage les moustiques : la part de moustiques qui se mettaient en vol vers eux est passée de 35 % à 47 %. L'eau, elle, ne changeait rien. Fait curieux, ni le gaz carbonique expiré ni la température du corps n'expliquaient l'écart : c'est l'odeur qui avait changé.
Le groupe sanguin, l'idée la plus répandue et la preuve la plus mince
On entend souvent que les moustiques préfèrent le groupe O. Cette idée vient surtout d'une étude japonaise de 2004 sur le moustique tigre : sur 64 tests, les personnes du groupe O attiraient plus de moustiques que les autres, mais la différence n'était statistiquement nette que face au groupe A.
C'est une piste, pas une certitude : une seule étude, une seule espèce, peu de participants. À côté, l'odeur de la peau pèse beaucoup plus lourd, et de façon beaucoup mieux démontrée.
Être piqué et réagir, deux choses différentes
Quand un moustique pique, il injecte un peu de salive. C'est la réaction du corps aux protéines de cette salive qui provoque le bouton et la démangeaison, pas la piqûre elle-même. Or cette réaction varie beaucoup d'une personne à l'autre.
Les enfants réagissent souvent plus fort, parce que leur organisme n'a pas encore été beaucoup exposé à cette salive. Chez l'adulte, la réaction peut au contraire s'atténuer avec les années. Celui qui affirme « ne jamais se faire piquer » est donc parfois quelqu'un qui se fait piquer comme les autres, mais qui ne réagit presque plus.
En France, la donne a changé
Une précaution d'abord : la plupart de ces études portent sur des moustiques tropicaux, comme Aedes aegypti ou le moustique du paludisme. Le moustique commun de nos chambres, Culex pipiens, a été beaucoup moins étudié sous cet angle. Les grands mécanismes, gaz carbonique, chaleur et odeur, valent pour la plupart des espèces, mais le détail peut varier.
Une espèce de ces études est en revanche bien installée chez nous : le moustique tigre, Aedes albopictus. Au 1er janvier 2025, il était implanté dans 81 départements, soit 84 % de la métropole. Et contrairement au moustique commun, il pique surtout le jour. Santé publique France recommande de porter des vêtements longs et amples, d'utiliser un répulsif et des moustiquaires, et de vider les eaux stagnantes : soucoupes, gouttières, bâches.
Pendant la grossesse et chez le jeune enfant, tous les répulsifs ne conviennent pas : demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin pour en choisir un.
Et le plantain dans tout ça ?
Je prépare un baume au plantain, la plante dont on écrasait autrefois les feuilles, en cataplasme, sur les piqûres. Il ne fera pas fuir les moustiques, et ce n'est pas son rôle : un produit qui éloigne les insectes est un répulsif, qui relève d'une autre réglementation. Ce baume viendra après, pour la peau. Je vous raconte sa fabrication ici, étape par étape, jusqu'à ce qu'il ait le droit d'être vendu.
La fiche « le geste du plantain »
Reconnaître la plante à coup sûr — photos, nervures, confusions possibles — et le geste tel qu'on le faisait, précautions comprises. Gratuite, envoyée par e-mail dès l'inscription confirmée.
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Recevoir la fiche et suivre le projetAyeva, les gestes qu'on avait oubliés
- De Obaldia M. E. et al., « Differential mosquito attraction to humans is associated with skin-derived carboxylic acid levels », Cell, 2022, vol. 185, n° 22, p. 4099-4116 — article et communiqué de l'université Rockefeller.
- McMeniman C. J. et al., « Multimodal integration of carbon dioxide and other sensory cues drives mosquito attraction to humans », Cell, 2014, vol. 156, n° 5, p. 1060-1071 — article.
- Alonso San Alberto D. et al., « The olfactory gating of visual preferences to human skin and visible spectra in mosquitoes », Nature Communications, 2022, vol. 13, article 555 — article.
- Verhulst N. O. et al., « Composition of human skin microbiota affects attractiveness to malaria mosquitoes », PLoS ONE, 2011, vol. 6, n° 12, e28991 — article.
- Lindsay S. et al., « Effect of pregnancy on exposure to malaria mosquitoes », The Lancet, 2000, vol. 355, p. 1972 — notice.
- Lefèvre T. et al., « Beer consumption increases human attractiveness to malaria mosquitoes », PLoS ONE, 2010, vol. 5, e9546 — article.
- Shirai Y. et al., « Landing preference of Aedes albopictus on human skin among ABO blood groups, secretors or nonsecretors, and ABH antigens », Journal of Medical Entomology, 2004, vol. 41, n° 4, p. 796-799 — notice.
- Cleveland Clinic, « Skeeter syndrome », fiche relue le 11 mars 2026 — page (réaction à la salive, enfants, atténuation avec l'âge).
- Santé publique France, communiqué du 15 mai 2025 sur la surveillance renforcée de la dengue, du chikungunya et du Zika — page (81 départements colonisés au 1er janvier 2025, activité de jour, conseils de prévention).