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Ayeva

Trois pots ouverts : ce que la couleur disait, et ce qu'elle ne disait pas

30 septembre 2026 · 6 min de lecture · Journal n°04
Trois verres d'huile de plantain en contre-jour sur le ciel, du plus doré à gauche au plus sombre à droite, juste après le premier filtrage.

Le 25 septembre, après vingt-huit jours de macération, j'ai ouvert les trois pots. Voici ce qu'ils ont rendu, le dosage que vous avez choisi, et une surprise qui m'oblige à nuancer ce que je vous ai montré.

Trois pots plutôt qu'un

Le 28 août, j'ai versé 500 mL d'huile d'olive vierge dans trois bocaux identiques, avec trois quantités différentes de feuilles de plantain lancéolé séchées : 50 g, 75 g et 100 g. Soit des rapports plante/huile de 1:10, 1:6,7 et 1:5.

Les recettes de macérat que j'ai trouvées donnent une fourchette, jamais un chiffre. Je suis ingénieur. Je ne sais pas formuler un cosmétique — je l'apprends. Mais je sais qu'on ne choisit pas un dosage à l'œil : c'est pour ça qu'il y a eu trois pots et pas un.

Macération à froid, sans rien chauffer. Les bocaux ont été remués tous les trois jours et photographiés au même endroit, avec le même cadrage, pendant quatre semaines.

Les trois bocaux fermés sur une table de jardin le jour de l'ouverture, feuilles de plantain tassées au fond, de plus en plus denses de gauche à droite.

Ce que chaque pot a rendu

À l'ouverture, j'ai versé chaque bocal dans une étamine, puis pressé les feuilles à la main pour récupérer le plus d'huile possible. Pesée du macérat obtenu :

  • 1:10 (50 g de plantain) : 263 g d'huile récupérée
  • 1:6,7 (75 g) : 261 g
  • 1:5 (100 g) : 205 g

Pour environ 457 g d'huile au départ dans chaque bocal (500 mL, poids estimé), c'est 57 %, 57 % et 45 %. Même pressées, les feuilles sèches gardent de l'huile : entre 2,5 et 3,9 g par gramme de plantain. Plus on met de plante, plus on en perd — le pot le plus chargé a rendu à peine plus de la moitié de ce que j'y avais versé.

Une chose que je n'avais pas prévue : dans deux bocaux, une couche de feuilles sèches était remontée au-dessus de l'huile. Je n'ai vu aucun signe suspect au filtrage — ni point blanc, ni odeur anormale. Mais une feuille à l'air libre est une feuille qui peut moisir : au prochain lot, je la maintiendrai sous la surface.

Dernier geste de la journée : la vitamine E, ajoutée dès le filtrage, pour protéger l'huile de l'oxydation pendant qu'elle attend la suite.

Trois couleurs, et votre vote

Sortis de l'étamine, les trois macérats n'avaient pas du tout la même tête : doré pour le 1:10, vert olive pour le 1:6,7, presque noir pour le 1:5. J'ai posé la question en story : lequel on garde ? Le doré l'a emporté.

Les trois verres d'huile filtrée posés devant les bocaux vidés, dont les parois restent tapissées de feuilles.

C'est donc le 1:10 qui sera la recette du baume : 50 g de plantain pour 500 mL d'huile. Au-delà du vote, les chiffres vont dans le même sens. Il rend autant d'huile que le 1:6,7 avec un tiers de plante en moins, et rien de ce que j'ai sous les yeux ne montre que davantage de plantain ferait un meilleur baume.

Ce que le filtre à café a changé

L'étamine laisse passer de fines particules de feuille. Pour les retirer, j'ai refiltré chaque huile à travers un filtre à café — goutte à goutte, toute une nuit.

Le lendemain matin, les trois huiles avaient presque la même couleur.

Les trois verres d'huile après le filtre à café, en contre-jour devant une baie vitrée : trois teintes dorées très proches.

L'écart spectaculaire du premier jour venait donc surtout du plantain resté en suspension, pas de ce qui s'était dissous dans l'huile. Je vous dois cette précision : si vous avez voté pour le doré en pensant à la couleur du futur baume, les trois dosages auraient donné à peu près la même. Le choix du 1:10 tient pour les autres raisons — le rendement et la quantité de plante — mais la couleur, elle, ne départage plus rien.

Et elle ne dit rien de l'actif. L'aucuboside, la molécule dont on parle le plus à propos du plantain, est une poudre blanche : elle ne colore pas l'huile. Une huile plus foncée n'est pas forcément une huile plus riche.

Ce que je ne sais pas encore

Je ne connais pas la teneur en aucuboside de ces trois huiles. La molécule se dissout très bien dans l'eau et très mal dans les corps gras, ce qui rend son dosage délicat dans une huile — deux laboratoires me l'ont confirmé. Le dossier de sécurité, obligatoire avant toute vente, en aura très probablement besoin : je publierai le chiffre ici quand je l'aurai, qu'il soit flatteur ou non.

La suite

Peser l'huile filtrée, y ajouter la cire d'abeille — un cinquième du poids du baume —, puis couler les premiers pots. Ce lot devrait en donner une douzaine de 30 ml.

Ces pots ne seront ni vendus ni donnés. Un cosmétique ne peut pas être mis à disposition, même gratuitement, avant son dossier de sécurité. Ils serviront à tester la texture, la tenue et la conservation dans le temps. Je vous montrerai ce qu'ils deviennent.

Si vous arrivez ici sans connaître l'histoire, elle commence au bord d'un chemin : le geste du plantain.

Pour aller plus loin

La fiche « le geste du plantain »

Reconnaître la plante à coup sûr — photos, nervures, confusions possibles — et le geste tel qu'on le faisait, précautions comprises. Gratuite, envoyée par e-mail dès l'inscription confirmée.

Vous recevrez ensuite les coulisses du premier lot : ce qui marche, ce qui rate, ce que ça coûte vraiment. Une lettre toutes les deux semaines, pas plus.

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— Julien
Ayeva, les gestes qu'on avait oubliés
Sources
  1. Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil relatif aux produits cosmétiques, article 2 : la mise à disposition sur le marché couvre toute fourniture « à titre onéreux ou gratuit ».
  2. Aucuboside (aucubine, CAS 479-98-1) : fiche de propriétés physico-chimiques — solide blanc, très soluble dans l'eau, l'éthanol et le méthanol, insoluble dans les solvants apolaires.
  3. Rendements : pesées réalisées le 25 septembre 2026 sur le premier lot, détail des mesures dans le fichier de suivi de production.